Depuis plus de deux ans, les entreprises européennes vivent avec un texte qui parle directement aux organismes de formation. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, contient un article consacré à la « maîtrise de l’IA » des personnes qui utilisent ces outils au travail. La montée en compétences des équipes devient ainsi aussi un sujet de conformité.
Cet article fait partie du dossier Communiquer avec l'IA sans perdre la confiance de vos stagiaires, consacré au thème « opportunités et cadre » pour les centres de formation.
Beaucoup de centres l’ont compris et ont ajouté un module « IA » à leur catalogue. Peu ont réellement construit une offre lisible, adossée au texte, et surtout communiquée de façon crédible auprès des dirigeants et des services RH. C’est là que se joue la différence entre un intitulé de plus dans le catalogue et une ligne de chiffre d’affaires durable.
Que dit vraiment le texte sur la formation des équipes ?
Le règlement (UE) 2024/1689, dit AI Act, comporte un article 4 intitulé « Maîtrise de l’IA ». Il s’applique depuis le 2 février 2025 aux fournisseurs de systèmes d’IA, mais aussi aux « déployeurs », c’est-à-dire aux organisations qui utilisent ces systèmes dans leur activité. Une entreprise qui fait rédiger ses offres commerciales ou trier ses candidatures avec un outil d’IA est concernée.
Cet article a été réécrit par le règlement (UE) 2026/1744, publié au Journal officiel de l’Union européenne le 24 juillet 2026, dans le cadre du paquet de simplification dit « omnibus numérique ». La version actuelle demande aux fournisseurs et aux déployeurs de prendre des mesures pour développer la maîtrise de l’IA de leur personnel et des autres personnes qui utilisent les systèmes pour leur compte. Ces mesures tiennent compte des connaissances, de l’expérience et de la formation de chacun, ainsi que du contexte d’utilisation. Le texte précise que l’obligation n’impose pas de garantir un niveau spécifique de maîtrise pour chaque individu.
Deux conséquences pour vous :
- l’obligation demeure : chaque entreprise qui utilise l’IA doit pouvoir montrer qu’elle a agi pour former ses équipes ;
- le texte valorise l’adaptation au contexte : une formation générique répond mal à une exigence formulée en fonction des métiers, des outils et des risques propres à chaque organisation.
Le même règlement prévoit que la Commission et les États membres soutiennent ces efforts, en particulier ceux des PME, et que la Commission publie des exemples pratiques. Ces ressources sont précieuses pour construire vos contenus. Cet article présente le cadre général et ne constitue pas un avis juridique : pour un cas précis, vos clients doivent s’appuyer sur leur conseil.
Quelle offre construire pour être choisi, et pas seulement trouvé ?
Le marché attire beaucoup d’acteurs. Les offres qui sortent du lot partagent quelques caractéristiques.
Partir des métiers, pas des outils
Un dirigeant n’achète pas « une formation à un outil d’IA ». Il cherche à ce que son assistante de direction, ses commerciaux ou ses gestionnaires de paie utilisent l’IA avec discernement. Une offre déclinée par fonction (RH, commercial, administratif, encadrement) répond exactement à la logique du texte, qui parle de contexte d’utilisation.
Intégrer les risques et le cadre
La maîtrise de l’IA recouvre la compréhension des limites des outils : erreurs, biais, confidentialité des données saisies, propriété des contenus produits. Un module qui traite ces sujets avec sérieux rassure un acheteur qui doit rendre des comptes.
Fournir des preuves exploitables
Vos clients devront pouvoir documenter les mesures prises. Attestations nominatives, programme détaillé, évaluation des acquis, trace des cas pratiques travaillés : tout ce qui aide l’entreprise à montrer qu’elle a agi devient un argument commercial.
Penser parcours plutôt que session unique
Un socle commun pour tous, puis des approfondissements par métier, puis un temps de retour d’expérience quelques mois plus tard. Ce format correspond à la réalité des usages, qui évoluent vite, et il installe une relation suivie avec l’entreprise cliente.
Un centre de formation tertiaire veut lancer une offre « maîtrise de l’IA » pour les PME de sa région. Avec un assistant d’IA, l’équipe analyse les questions posées par les entreprises lors des derniers rendez-vous commerciaux, les regroupe par métier et en tire une première arborescence de modules. Elle fait ensuite rédiger des fiches programme de base pour chaque fonction, des exemples de cas pratiques et une série de questions fréquentes destinées au site. Le travail préparatoire qui prenait plusieurs semaines se fait en quelques jours, et la responsable pédagogique consacre son temps à valider, corriger et enrichir.
Comment le faire savoir sans jouer sur la peur ?
La tentation est grande de communiquer sur la sanction. C’est une mauvaise piste. Le texte ne fixe pas d’amende propre à l’article 4 : le contrôle relève des autorités nationales et de leur cadre de sanctions. Agiter la menace vous fait passer pour un vendeur de conformité, et les dirigeants s’en méfient.
Dans les centres que j’accompagne, la communication qui fonctionne repose sur trois registres :
- la pédagogie du texte : un article de fond, une page dédiée claire, un webinaire court qui explique ce que le règlement demande réellement, sources à l’appui ;
- la projection métier : des contenus qui montrent concrètement ce qu’un service RH ou commercial fait mieux après la formation ;
- la preuve : vos formateurs, leur parcours, leurs méthodes, les retours de stagiaires, présentés avec sobriété.
Sur le plan de la visibilité, les recherches des dirigeants sont souvent formulées comme des questions : que dois-je faire pour respecter l’AI Act, comment former mes salariés à l’IA, faut-il une attestation. Une page qui répond précisément à ces questions, mise à jour quand le cadre évolue, a de bonnes chances d’être trouvée sur Google et reprise par les moteurs de réponse.
Pourquoi les centres de formation ont une carte particulière à jouer ?
Les éditeurs de logiciels forment à leurs outils. Les cabinets de conseil vendent des diagnostics. Vous avez autre chose : une ingénierie pédagogique, une capacité à faire évoluer des pratiques, et souvent une relation de confiance avec les entreprises de votre territoire ou de votre secteur.
Le règlement ne demande pas de transformer chaque salarié en expert. Il demande que chacun sache utiliser l’IA de façon éclairée dans son travail. C’est précisément votre métier. Encore faut-il que vos prospects le perçoivent : positionnement explicite, vocabulaire juste, présence régulière là où ils s’informent.
L’outil produit vite des programmes plausibles, mais il ne sait ni lire finement le texte réglementaire, ni choisir les métiers sur lesquels votre centre est légitime, ni arbitrer entre ce qui se vend et ce qui se forme bien. La cohérence entre votre catalogue, votre site, vos emails et le discours de vos commerciaux relève d’une stratégie. La crédibilité repose sur des formateurs identifiés et des sources citées avec exactitude. Ce sont ces choix qui transforment une obligation européenne en offre durable.
Si un dirigeant tape aujourd’hui « former mes salariés à l’IA » avec le nom de votre ville ou de votre secteur, trouve-t-il une page de votre centre qui lui explique clairement le cadre et ce que vous proposez ? Votre offre est-elle déclinée par métier, ou repose-t-elle sur un module unique ? Savez-vous quelles preuves vos clients attendent pour documenter leur démarche ?
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